“Je projette mieux mon imagination sur ce que je connais moins”

Publié le 12.03.2021 par Clémence Mermillod
Floréal Daniel et son dernier livre. Crédit photo : Vincent Martin.

Comédien de la troupe du CLAS de Bordeaux, vainqueur du concours de nouvelles en 2018, Floréal Daniel publie en ce début d’année sa deuxième pièce de théâtre, les Éphémères, aux éditions L’Harmattan. Un drame familial sur fond de bouleversements du monde rural. Rencontre.

Dans la jolie région de la Creuse, une vieille dame, Solange, meurt. Sa famille se rassemble dans sa maison pour les funérailles. Certains ne se sont pas vus depuis des années. Après les quelques nouvelles échangées, les conflits non résolus, les espoirs déçus et ceux à naître affleurent sur fond de monde rural chamboulé par des changements profonds. C’est en quelques mots l’intrigue de la nouvelle pièce de Floréal Daniel, parue chez L’Harmattan.

Floréal Daniel, son nom vous dit peut-être quelque chose. Il a déjà fait l’objet d’articles dans CAES MAG. Cet agent CNRS et comédien de la compagnie de l’Incertitude, troupe du CAES à Bordeaux, a déjà été le lauréat du concours de nouvelle. Un déclic. « J’écris depuis toujours, depuis l’adolescence. Mais pour moi-même, je n’ai jamais eu à l’idée de le partager. Et puis j’ai remporté ce concours de nouvelles et les membres de la troupe l’ont lue. Ils m’ont encouragé à poursuivre ! Alors j’ai continué et j’ai écrit une pièce historique (Donnez-moi tout !, une pièce sur l’histoire du CNRS parue chez L’Harmattan NDLR). Pour Les Éphémères, je me suis cette fois lancé dans la fiction. » Floréal Daniel n’a jamais vécu dans la Creuse, qui sert de décor à son intrigue. « J’y ai des attaches, j’ai des amis qui y vivent et je m’y rends tous les ans. C’est donc une région que je connais assez mal finalement. Mais cela m’inspire, je peux y projeter mon imaginaire. C’est un lieu à l’écart du monde, vallonné, mystérieux… La Creuse pour moi est un lieu littéraire, d’inspiration. » Point de départ de l’intrigue, une maison et son occupante, Madeleine, que l’auteur a connue. « Dans un village creusois, il y avait cette dame de 92 ans, Madeleine, que j’aimais beaucoup. Elle est décédée récemment. Cela a été le point de départ, même si tout le reste est inventé. J’ai dédié ce livre à Madeleine que l’on voit d’ailleurs en photographie sur la couverture. »

Plus qu’un décor, les tensions et errances qui agitent un monde rural en pleine mutation traversent l’œuvre de Floréal Daniel. Un monde paysan sur le déclin qui rencontre les néoruraux et leur vision de la campagne bien différente. « Je voulais mener une réflexion sur ces deux visions de la nature, de l’écologie. Avec d’un côté les paysans qui ont une vision de la nature liée à son exploitation, et les néoruraux qui idéalisent la vie rurale se voient en protecteurs de la nature. Ces points de vue créent des confrontations entre la vie paysanne et ces nouveaux venus. Ce sont des questions en arrière-plan de mon intrigue. »

Comédien dans la compagnie de l’Incertitude, le théâtre reste un langage privilégié pour Floréal Daniel. D’ailleurs, la première version de sa pièce a occasionné une lecture avec tous les membres de la troupe. Chaque personnage porte le nom d’un comédien. « Les rôles sont déjà attribués, sourit l’auteur. Mais attention, ce sont des rôles à contre-emploi, qui ne leurs ressemblent pas ! En entendant leur lecture, leurs remarques, j’ai entièrement remanié les deux derniers actes. » Une nouvelle lecture est prévue dans une dizaine de jours. Si tous les comédiens sont d’accord, elle pourra alors être montée par la compagnie. Mais sans Floréal sur les planches : « Je ne pouvais pas écrire un rôle pour moi-même. C’est trop difficile. Sur cette pièce, je me positionne vraiment en tant qu’auteur. »

L’écriture a-t-elle été pour lui comme un refuge en ces temps de pandémie ? « L’écriture est toujours un refuge ! Mon éditeur me disait qu’il a reçu de très nombreux textes en 2020. Mais pour moi, cela n’a pas été un déclic, c’est quelque chose que je fais depuis longtemps. » Cette période trouble a su néanmoins nourrir l’inspiration de l’auteur. « J’ai une autre pièce à venir sur la Covid. Une pièce beaucoup moins réaliste, qui se situe quelque part entre le réel et le rêve. » Voilà qui s’annonce prometteur.

Les Éphémères, Floréal Daniel, Editions L’Harmattan, 25 janvier 2021, 12 euros.