Rencontre avec l’écrivain Allain Glykos au CLAS de Bordeaux

Publié le 26.11.2019 par Clémence Mermillod
Allain Glykos, assis au centre, rencontre les participants à l’atelier d’écriture du CLAS de Bordeaux.

Marie-Paule Bétaille, animatrice de l’atelier d’écriture du CLAS de Bordeaux, raconte à CAES MAG l’échange qui s’est tenu le 8 novembre dernier entre le club d’écriture, le public et Allain Glykos, auteur bordelais. Récit.

Marie-Paule Bétaille. « En ce mardi 8 octobre 2019, la commission Culture du CLAS de Bordeaux  invite pour la première fois  un auteur : Allain Glykos* au Château de Brivazac. Cette rencontre entre public, participants d’atelier d’écriture** et l’auteur, est comme une intimité dévoilée. En effet, pendant plus d’une heure trente, l’écrivain, dont le père est grec et la mère charentaise, nous emmène sur son parcours de vie ponctué d’exils familiaux, nous faisant part de ses écrits et de son travail d’écriture.

Sa simplicité et son franc-parler nous rapprochent de lui. « Parfois, l’on me demande, dit-il, quels sont les écrivains qui vous ont donné envie d’écrire ? Alors, je réponds : le premier est un illettré : ma mère. Elle s’inventait des poèmes dans la tête et demandait à quelqu’un de les lui écrire. Et en CE2, quand j’écrivais des poèmes et que je les lisais à ma mère, s’ils la faisaient pleurer, je savais que mon poème était bon. »

L’auteur nous parle d’exils sous bien des formes. « L’exil culturel et social » par rapport à sa famille par exemple. L’exil hante ses écrits et il ajoute : « L’écriture est aussi un exil ; l’écriture est d’abord pour soi. Comment réapprendre à écrire ? Comment traduire tout ce que l’on ressent avec ses mots à soi ? C’est un peu comme s’exprimer dans une langue étrangère.  Cette langue est non orale, il n’y a pas d’interlocuteur. C’est un échange avec soi. Quelle langue ?  On écrit pour un autre qui est soi ! » Et cette sensation qui nous vient après l’écriture, cette sensation après la dernière page, Allain Glykos nous dit : « Je n’écrirai plus jamais ». Même s’il le dit à chaque fois, il retrouve l’inspiration pour de nouveaux livres. La solitude dans son écriture, dans cet exil, peut rencontrer d’autres solitudes. Comme son ouvrage  « Cinq petites solitudes ».

Il nous parle aussi de son travail d’écrivain, ses propres questionnements, sa philosophie et comment il fait face à la page blanche. « N’attendez jamais devant une page blanche ! » C’est à l’extérieur, autour de lui, en regardant, observant, écoutant que là,  une phrase vient faire écho et souffle l’impulsion. Phrases-clefs qui peuvent prendre le temps de mûrir… des mois, voire des années pour resurgir et devenir le pilier d’un livre. Allain Glykos se livre, se confie : « Ce n’est pas une envie d’écrire mais un besoin qui alors surgit, suscité par l’événement extérieur ». La phrase « Tu es un ange »  prononcée par son ami de toujours va devenir « Celle qui vient », livre en huis-clos, tout en questionnement, face à la mort, celle de son ami.

S’en suivra un atelier d’écriture animé par Marie-Paule Bétaille, dont le thème « Sous l’influence d’Allain Glykos »  mènera les participants  vers l’exploration de la trace, de l’empreinte laissée quelque part par quelqu’un, avec pour guide des extraits du livre « Parle-moi de Manolis »***

Un grand merci à Allain Glykos qui a su nous captiver et nous toucher par ses paroles drapées de philosophie où les questions sont plus importantes que les réponses. »

 


Notes

*Allain Glykos vit et travaille à Bordeaux, où il est né en 1948, d’un père grec et d’une mère charentaise. Maître de conférences à l’Université de Bordeaux, il a enseigné la philosophie aux étudiants scientifiques. Philosophe et romancier, il est l’auteur de nombreux livres publiés notamment aux éditions de L’Escampette. Ses sources d’inspiration sont la mémoire, la famille, les événements de la vie quotidienne et l’exil. Il se nourrit des faits et des mots qu’il met en scène dans son travail d’écriture. Il a publié plus d’une vingtaine de livres. On lui doit Parle moi de Manolis (1997), Mémoire de l’eau (1999), Le silence de chacun (2002), A proprement parler (2003), Nunca màs (2009), N’en parlons plus (2015), Cinq petites solitudes (2017). Celle qui vient (2019)

Allain Glykos a reçu le Prix Loin du marketing 2011 pour l’ensemble de son œuvre, le prix du salon du livre d’Arcachon, le prix du salon Citalivres au Château d’Oleron, le prix de l’académie Des belles lettres de Bordeaux, le prix Adura. Son roman « Parle-moi de Manolis », s’est vendu à plus de 3000 exemplaires. Il a été traduit en grec. En 2013, il est adapté en BD, dessiné par Antonin Dubuisson. Un film de fiction, « Des lumières, des abîmes aussi », a été réalisé par Christian Richard à partir de deux romans d’Allain Glykos. Deux de ses romans ont été adaptés au théâtre (A proprement parler et Poétique de famille).

** Les ateliers d’écriture fonctionnent depuis plus d’un an au Clas de Bordeaux et sont animés par Marie-Paule Bétaille. Contactez le CLAS de Bordeaux si cet atelier vous intéresse.

*** Manolis est le père de l’auteur.