« Le labo, c’était notre terrain de jeu »

Publié le 05.10.2020 par Clémence Mermillod
Ivry-sur-Seine, 1960. Jocelyne Solde, 5 ans, est assise au premier rang dans les bras de son père dans le hall du laboratoire CNRS de la rue Maurice Gunsbourg. DR.

Jocelyne Solde a envoyé au CAES MAG une photographie personnelle qui a retenu notre attention. Elle a été prise en 1960 au laboratoire de Synthèse atomique d’Ivry-sur-Seine où elle a grandi. Plongée dans ce petit morceau d’histoire du CNRS et de la vie familiale de Jocelyne Solde.

Sur la photo, on ne peut pas la rater, c’est cette petite bouille ronde et hilare au premier plan, dans les bras d’un ouvrier, en tenue d’écolière. Ou peut-être est-ce l’autre petite qui lui ressemble tant, dans les bras de sa mère juste à côté. Jocelyne ne sait pas trop se distinguer de sa soeur jumelle. Derrière elle, une foule de scientifiques et de techniciens posent fièrement devant ce qui ressemble à une création extraterrestre, flanquée de deux immenses globes. Jocelyne Solde a cinq ans et vient tout juste de sortir de l’école avec sa soeur jumelle qui se tient à ses côtés. Nous sommes en 1960. Elle pose chez elle, au laboratoire d’Ivry-sur-Seine, celui qui occupait à l’époque le 67 de la rue Maurice Gunsbourg. Mais pourquoi la petite Jocelyne habite-t-elle au beau milieu d’un immense laboratoire de synthèse atomique ? « Mes parents en étaient les gardiens ! sourit-elle, quelques 60 ans plus tard. J’ai grandi sur ce site, j’y suis arrivée bébé et je l’ai quitté vers 20 ans. »

Patins à roulettes dans les couloirs

Un endroit étonnant où grandir mais que les enfants, qui ne manquent pas d’imagination, ont tout de suite su faire leur. « C’était formidable, se souvient-elle. On patinait avec ma sœur jumelle dans les couloirs une fois les personnels partis. Ce labo, c’était un véritable terrain de jeu ! Nous connaissions tout par coeur, les bruits, les odeurs… Et puis notre vie de famille était rythmée par la vie du labo : la nuit, mon père faisait des rondes, vérifiait que les appareils étaient éteints, ma mère lavait les blouses blanches et les reprisait… »

Une expérience importante

Pourquoi cette photographie a-t-elle été prise en cette fin d’après-midi de 1960 ? « Ces deux grosses sphères que vous voyez derrière nous étaient placées dans un immense hall. Elles étaient détruites dans le cadre d’expériences où ils faisaient passer de l’électricité à l’intérieur. C’était une expérience d’ampleur assez exceptionnelle, rare, je pense que c’est pour cela qu’ils ont pris cette photo avant. Mais je ne pourrais pas vous dire ce qu’ils voulaient démontrer avec cela ! », s’excuse Jocelyne. Evidemment, à 5 ans, les subtilités de la recherche atomique nous échappent un petit peu. Son père, en chemise au deuxième rang à droite, a mis une cravate pour l’occasion.

Un laboratoire disparu

Lorsque l’on grandit sur le front de l’aventure scientifique, difficile de s’en détacher. Jocelyne Solde a quitté son étonnant cocon pour se mettre au service… du CNRS. « J’ai occupé divers postes dans des fonctions administratives du CNRS. J’y ai fait ma carrière. » Le 67, rue Maurice Gunsbourg quant à lui n’est plus. Si le portail de briques rouges porte encore les initiales de « république française » et que l’on devine encore quelques bâtiments et le large hall, ils ont été transformés en habitations.   

Si vous aussi vous souhaitez partager une photo, un souvenir, autour du CAES ou du CNRS, écrivez à CAES MAG !